Marie Rose interviewée par Paulo
Quand la guerre fut déclarée le 3 septembre 1939, j’avais 10 ans. La France et l’Angleterre mobilisèrent leurs troupes. Ce qui me frappa? La grande affiche “mobilisation générale”.
Les femmes pleuraient se souvenant de leurs proches morts, tués à la guerre de 1914, terminée 21 ans plus tôt.
Ce fut calme jusqu’au 10 mai. Le 8 juin, les allemands étaient sur la Seine et le 10, le gouvernement était à Tours. Sur les routes les réfugiés s’entassaient dans des charrettes, des landaus, des brouettes et tout ce qu’ils trouvaient. Ils fuyaient, mitraillés par les Italiens, l’aviation avec parmi eux les soldats. Leur but : passer la Loire.
Je vois encore ce régiment de sénégalais à cheval, passant devant notre maison. Un cheval était sans cavalier, ce soldat blessé était tombé sur la route, un peu plus loin. Mon père est allé le chercher après lui avoir donner des vêtements civils et son vélo. Il le fit traverser la Loire en barque, les ponts ayant sauté.
Nous passions beaucoup de jours dans les caves, dans le roc. Les allemands ayant installé des canons tout près de notre maison, nous nous attendions à recevoir les bombes françaises. Heureusement il ne s’est rien passé. Dans ses champs, mon beau père participait à des parachutismes d’armes. De ma chambre les nuits d’été, nous entendions les avions, lâchant leurs bombes. Le lendemain, nous lisions dans le journal qu’il y a eu aussi beaucoup de victimes civiles. A la campagne nous avions de la chance de manger à notre faim avec nos légumes, nos lapins et les volailles. Toutes les semaines nous envoyions des colis à notre famille habitant sur Paris.
A l’école, un jour chaque semaine nous allions dans les champs de pommes de terre et nous ramassions les doryphores, qui mangeaient les cultures.
Le 18 juin, l’armistice fut signé. Une vie nouvelle s’installa. 380.000 agriculteurs sont prisonniers. La population double dans les villages avec les réfugiés. Les châteaux habités pendant les vacances seront habités pendant toute la guerre. Les écoles seront pleines et il n’y a plus de lits pour les pensionnaires. Les voitures rares à cette époque resteront dans les garages car il n’y a plus d’essence jusqu’à la fin de la guerre et quelques années après, les médecins et les vétérinaires seront prioritaires, mais feront leurs tournées à cheval. Il n’y aura plus de pneus et les cartes d’alimentations firent leur apparition, et les queues devant les magasins aussi. Les allemands réquisitionnent et exigent de plus en plus. La nourriture aussi se fait rare, il manque de tout: des pâtes, du sucre, de la farine, du café, du chocolat, du beurre, de la viande, du fromage, du savon et de la lessive, du charbon, des chaussures, des vêtements etc...
Je me souviens d’un manteau que m’avait fait ma mère et de mes vielles chaussures en mauvais état pour faire 8 Km chaque jour. On aidait les femmes des prisonniers, elles travaillaient dur pour que leur mari ne retrouve pas ses vignes en friches à son retour. Cela dura 5 ans. Il y eut aussi le S.T.O: les jeunes devaient partir travailler en Allemagne, mais beaucoup se cachèrent et travaillaient dans les fermes.
Il y eu aussi de nombreuses dénonciations et quelques fois des vengeances personnelles, comme ce fut aussi le cas à la libération.
C’était la guerre...